Auto-entrepreneur ou EI, EURL, SASU : le guide complet pour choisir sans se tromper
C'est la question que tout freelance se pose deux fois : au lancement, puis le jour où ça marche. Auto-entrepreneur ou société ? La réponse honnête tient en une phrase : ça dépend de quatre chiffres — ton chiffre d'affaires, tes frais réels, ton besoin de protection sociale, et ta tranche d'impôt. Ce guide te donne la méthode complète pour trancher, avec des ordres de grandeur chiffrés et les cas types les plus courants. Pas de réponse universelle, mais une réponse pour toi.
Et si tu veux comparer tout de suite avec tes propres chiffres : notre simulateur micro vs société met les trois options côte à côte en 10 secondes.
Les quatre options sur la table
Avant de comparer, posons les termes — parce que la moitié des confusions vient de là.
- Micro-entreprise (auto-entrepreneur) : ce n'est pas une forme juridique, c'est un régime simplifié de l'entreprise individuelle. Cotisations en pourcentage du chiffre d'affaires encaissé, impôt après abattement forfaitaire, comptabilité réduite à un livre de recettes.
- EI au réel : la même entreprise individuelle, mais au régime réel : tu déduis tes frais réels, tes cotisations se calculent sur ton bénéfice, et tu tiens une vraie comptabilité.
- EURL : une société (SARL à associé unique). Gérant travailleur non salarié (TNS) : cotisations modérées, protection sociale correcte mais sans chômage.
- SASU : une société aussi, mais son président est assimilé salarié : bulletin de paie, protection sociale du régime général (hors chômage), cotisations nettement plus lourdes — et la possibilité de se payer en dividendes.
En pratique, le match se joue presque toujours entre micro, EI au réel et SASU (l'EURL se comporte fiscalement comme une EI au réel dans la plupart des cas de freelance solo — on la traite ensemble).
Critère n°1 : tes frais réels face à l'abattement
C'est le critère le plus décisif et le plus mal connu. En micro, tu ne déduis aucun frais : l'administration applique un abattement forfaitaire censé les couvrir — 34 % pour les activités libérales BNC, 50 % pour les services BIC, 71 % pour la vente (barème indicatif, à vérifier sur impots.gouv.fr).
La règle de décision : si tes frais réels sont nettement en dessous de l'abattement, la micro te fait un cadeau. S'ils s'en approchent ou le dépassent, le réel devient plus intéressant.
Un développeur ou un rédacteur avec 5-10 % de frais réels profite à plein d'un abattement de 34 % : la micro est taillée pour lui. Un consultant qui voyage et sous-traite, un photographe qui investit en matériel, un artisan avec des achats de matières : leurs frais réels peuvent dépasser le forfait, et chaque euro non déduit est un euro cotisé et imposé pour rien.
Critère n°2 : ton niveau de chiffre d'affaires
- En dessous d'environ 30 000 € de CA annuel, la question est vite réglée : la micro gagne presque toujours. Les coûts fixes d'une société (comptable, comptes annuels, formalités — souvent 1 500 à 3 000 € par an) mangeraient une part absurde de ton revenu.
- Entre 30 000 et 83 600 € (le plafond micro des services, à vérifier), c'est la zone d'arbitrage : la réponse dépend des frais (critère 1) et de la protection sociale visée (critère 3).
- Au-delà du plafond micro — 83 600 € pour les services, 203 100 € pour la vente (plafonds revalorisés en 2026) — la question ne se pose plus : deux années consécutives de dépassement et tu sors du régime. Un développeur à 450 € de TJM à temps plein y arrive dès la première année ; on l'a chiffré dans notre article sur les charges du développeur freelance.
Critère n°3 : la protection sociale que tu veux vraiment
C'est ici que les statuts divergent le plus — et que le « net » affiché ne dit pas tout.
- Micro et EI au réel (TNS) : cotisations plus légères, donc plus de net immédiat. En face : retraite plus modeste, indemnités journalières limitées, pas d'assurance chômage.
- SASU (assimilé salarié) : sur un bénéfice donné, se verser tout en salaire coûte cher — les cotisations représentent grosso modo 80 % du net versé (c'est l'hypothèse « diviseur 1,8 » de notre simulateur). En échange : retraite alignée sur les salariés, meilleure prévoyance. Mais pas de chômage non plus : président de SASU ne cotise pas à France Travail.
La façon juste d'y penser : les cotisations TNS ne sont pas « moins de charges », c'est moins d'assurance. Si tu choisis la micro ou l'EI, la différence devrait financer une prévoyance privée et un effort d'épargne retraite — sinon tu ne compares pas deux statuts, tu compares un statut assuré à un statut à découvert.
Critère n°4 : l'impôt, et le levier des dividendes
En micro, ton impôt se calcule sur le CA après abattement (ou au versement libératoire si tu y as droit — comparatif dans notre simulateur brut/net). En EI au réel, sur ton bénéfice. Jusque-là, tout passe au barème de l'impôt sur le revenu : plus tu gagnes, plus ta tranche marginale monte.
La société à l'IS (SASU, EURL sur option) ajoute un levier qui n'existe nulle part ailleurs : choisir ce que tu sors et ce que tu laisses dans la société. Tu peux te verser un salaire modéré, laisser le reste en réserve imposé à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice environ, à vérifier), et le distribuer plus tard en dividendes soumis à la flat tax de 30 %. Pour un freelance qui gagne bien plus qu'il ne dépense, ou qui veut lisser ses revenus dans le temps, c'est l'argument massue de la SASU. Notre simulateur ne modélise volontairement pas les dividendes (trop dépendant des situations individuelles) : à ce niveau d'enjeu, ce guide t'oriente, un expert-comptable décide avec toi.
Critère n°5 : les frottements qu'on oublie
- Coût et charge de gestion : la micro se gère en 10 minutes par mois. Une société implique comptable, assemblées, comptes annuels, paie éventuelle. Compte 1 500 à 3 000 € par an et de l'énergie mentale.
- Chômage (ARE) : si tu lances ton activité en percevant l'ARE, le choix du statut et de ta rémunération change ce que France Travail continue de te verser. Cas à part entière, traité dans notre guide sur le cumul ARE + auto-entreprise (à paraître).
- TVA : la micro n'en dispense pas au-delà d'environ 37 500 € de CA services (notre simulateur de seuil de TVA te situe). Une société au réel récupère la TVA sur ses achats dès le premier jour — un vrai plus quand tu investis.
- Crédibilité client : pour 95 % des freelances, aucun client sérieux ne choisit son prestataire sur son statut. Ne crée pas une SASU pour faire pro.
Trois cas types pour te situer
Le lanceur prudent — 25 000 € de CA visés, frais faibles. Micro, sans hésiter. Simplicité maximale, ACRE la première année, aucune structure à financer. Tu réévalueras quand les chiffres auront grossi. Le détail de tes cotisations est dans le calculateur URSSAF.
L'établi à frais réels — 60 000 € de CA, 20 000 € de frais. La zone de bascule. En micro : cotisations sur 60 000 €, abattement forfaitaire inférieur à tes frais réels. En EI au réel : cotisations (~30 % TNS) et impôt sur 40 000 € de bénéfice seulement. Le réel gagne probablement — vérifie avec le simulateur micro vs société, ligne à ligne.
Le performeur — 90 000 €+ de CA, au-dessus du plafond micro. Le match EI réel vs SASU. Envie de net immédiat maximum et à l'aise avec une protection TNS complétée en privé : EI (ou EURL). Envie de meilleure retraite, de lisser tes revenus ou de laisser des bénéfices en société : SASU, et un rendez-vous chez un expert-comptable pour calibrer salaire et dividendes.
Changer de statut : dans quel sens, et quand
Le chemin naturel va de la micro vers la société, rarement l'inverse. Partir en micro n'est jamais une erreur irréversible : la bascule se fait proprement (passage au réel sur option, ou création de société et transfert d'activité), idéalement en fin d'année civile pour des comptes lisibles. Le vrai signal pour changer, ce n'est pas un seuil magique de CA — c'est le moment où tes frais réels, ta tranche d'impôt ou ton besoin de protection sociale rendent le forfait micro plus coûteux que la simplicité qu'il t'offre. À partir de quel chiffre exactement ? On y consacre un article dédié.
Le mot juste sur ces chiffres
Ce guide donne des ordres de grandeur indicatifs pour orienter ta réflexion — pas un conseil fiscal, comptable ou juridique personnalisé. Les taux, seuils, plafonds et règles cités sont ceux connus au 1er janvier 2026 et doivent être vérifiés sur urssaf.fr, impots.gouv.fr et service-public.fr avant toute décision. Un changement de statut engage ton argent et ta protection sociale pour des années : au moindre doute, fais valider ton cas par un expert-comptable. Chez Cotiz, chaque chiffre est daté et sourcé — c'est la condition pour mériter ta confiance sur un sujet pareil.
Le calcul juste, pour les indépendants.
Compare avec tes chiffres à toi
Micro, EI au réel ou SASU : mets les trois options côte à côte dans le simulateur de statut gratuit de Cotiz.